01/11/2019 - Description de Montauroux, par Claude-François Achard, publiée en 1788.


Description
Historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté Venaissain, de la Principauté d'Orange, du Comté de Nice, etc.
Pour servir de suite au dictionnaire de la Provence par M. Achard, médecin de Marseille, membre de plusieurs académies.
Tome second.
A Aix.
1788

MONTAUROUX, viguerie de Draguignan, diocèse et subdélégation de Fréjus, en provençal Mountauroux, en latin Mons Aurosius, tire son étymologie du latin Aura, parcequ'il est situé sur une éminence qui l'expose à être battu de tous les vents.

L'évêque de Fréjus était co-seigneur de Montauroux, puisque N. de Camelin, dans un acte du 9 octobre 1611, prit le titre de seigneur majeur, ayant la juridiction et justice, haute, moyenne, et basse, mère, mixte, impère. L'autre co-seigneur de Montauroux était aussi co-seigneur de Bagnols. En 1647, par un échange pur et simple, ils se transportèrent mutuellement, l'évêque de Fréjus tout le droit qu'il avait sur Montauroux, et le co-seigneur de Montauroux tout le droit qu'il avait sur Bagnols.

St-Barthelemi est le patron titulaire de la paroisse. L'évêque a la dîme du grain, le curé celle du vin ; la cure est à la collation de l'évêque. La paroisse est desservie par deux vicaires.
A la Colle-lez-Narbonne (à 3 quarts de lieues du Village) il y a une chapelle où l'on dit la messe tous les dimanches et fêtes : le chapelain est nommé par le seigneur de Montauroux.
Il n'y a point de Roumeiragi, mais une petite foire le jour de St-Barthelemi, où l'on vend du blé et du chanvre.

Le climat est assez froid en hiver à cause des vents. La maladie la plus ordinaire était autrefois la pleurésie au mois de mars et avril principalement ; depuis plus de dix ans elle est rare, apparemment que les habitants ont soin de pas s'arrêter en plein air, lorsqu'ils reviennent de campagne tous suants. Depuis 10 à 12 ans la maladie la plus ordinaire a été la fièvre putride. La population augmente, le nombre des habitants est d'environ 1000.

Le sol est d'une qualité médiocre,  il donne peu de blé, les principales productions sont l'huile et surtout le vin qui souffre le transport. La qualité du vin et la proximité de Grasse sont cause qu'il se vend toujours un peu plus qu'aux environs. Il n'y a point de manufacture, ni aucune sorte de commerce, excepté celui que font quelques muletiers en portant du vin à Grasse, de l'huile à St-Raphaël et plus souvent à Cannes, d'où ils rapportent souvent du blé. Tout le monde s'applique à l'agriculture, mais il manque des bras et des prairies. Le défaut de fourrage fait qu'on ne peut par nourrir asse de bestiaux, ni bien entretenir ceux que l'on a.

Près de l'église sur le lieu le plus élevé, est un fort quarré, qu'on dit avoir été le grenier des Romains, le Duc d'Epernon fit pendre six hommes sur ses créneaux.

La rivière de Siagne sépare le territoire de Montauroux le terroir de Montauroux de celui de St-Cézaire, elle est assez abondante en truites. Au bord de la rivière est une grotte dans le tuf, elle a environ 10 toises de longueur sur 4 de largeur, sa hauteur est de trois toises, la forme est longue et approchant de celle d'un four à cuire le pain. Au bord de la même rivière est une grotte assez étroite mais fort profonde en longueur ; sur son ouverture est bâti une tour qui paraît assez ancienne (on croit qu'elle avait été bâtie du temps des guerres civiles), on ne peut y aborder que par un sentier très étroit fait en maçonnerie. Le côté qui donne sur la rivière est inabordable à cause d'un rocher impraticable, qui du lit de la rivière aboutit à la tour très élevée de ce côté.

Il y a encore un ruisseau appelé Biançon, qui ne tarit que dans les grandes sécheresses, dans lequel se jette un torrent dit le Vaux, qui serpente tellement qu'il faut le traverser au moins douze fois en allant de Montauroux à Fréjus.

On voit dans le terroir des restes de l'aqueduc qui portait l'eau de Siagne à Fréjus.

A une lieue de Montauroux en allant à Grasse, l'on trouve le Château de Tournon, fief appartenant à M. le Marquis de Pontevès-Bargème, habité par les seuls fermiers qui exploitent la terre, annexé pour les sacrements à la paroisse de Montauroux, payant la dîme au prieur, qui est obligé de dire la messe à une chapelle dépendante les dimanche et fêtes. ce prieuré est à la nomination de l'évêque de Fréjus. Les revenus de cette terre sont le blé, l'huile, les glands des chênes blancs et verts et de très bons pâturages.

Dans le terroir de Montauroux est une seconde paroisse au quartier appelé les Adrez, distante de Montauroux de trois lieues. Elle fut érigée en 1745, l'évêque en est le collateur. Le titulaire est la Nativité de la Ste-Vierge, qu'on appelle N.D. des Maures. Le curé, par l'acte d'érection, est obligé de donner annuellement au curé de Montauroux pour les oblations et autres droits casuels, deux livres en forme de reconnaissance, et pour conserver à l'église mère paroissiale de Montauroux quelques marques de la supériorité qu'elle avait ci-devant sur celle de N.D. des Maures qui n'était que succursale. Le curé de Montauroux peut faire en personne l'office dans cette église le jour de la fête de la Nativité de la Ste-Vierge en y venant processionnellement avec son clergé et y exerçant ce jour-là personnellement toutes les fonctions curiales.

En 1751, l'évêque et le curé de Montauroux abandonnèrent au curé des Adrez tous les droits qu'ils avaient sur la dîme du territoire des Adrez.

Cette paroisse renferme environ 200 habitants, épars dans la campagne. Il n'y a auprès de la paroisse que quatre familles ; à une petite demi-lieue, on trouve d’un hameau d'une douzaine de maisons.

On compte quatre feux et trois quarts de feu en cadastre.